6ème jour : Mus
par une volonté farouche de sauver le monde (est-ce que l'ombre
tutélaire de Prométhée qui orne la façade du Rockfeller Center
nous porte?), nous nous dirigeons vers ce haut parallélépipède et
cette demi-sphère qui abritent l'ONU. Nos ambitions salvatrices,
pour le peu qu'elles aient pu exister, se fracassent au premier
contrôle de police où devra pénétrer Sylvie et où l'on scannera
tous ses documents pour la badger, et pour moi par une attente sur le
trottoir sous la harangue d'un homme établi à un carrefour
attestant de la grandeur de Jésus. La police, le NYPD, est fort
occupée à poser barrières de sécurité et blocs anti-intrusion :
la session plénière de l'ONU commence lundi prochain, et ses
participants, qui ont vocation à sauver le monde, ne seront pas
troublés dans leur travail messianique par un contrôle de police
tatillon et un prêche improvisé.
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| Assemblée Générale des Nations unies |
Après
le contrôle des sacs, poches (depuis quelques jours, on a abandonné
la ceinture pour éviter des manœuvres), nous pénétrons dans ce
lieu international où toutes les langues s'entendent et où le
français, langue diplomatique, et l'anglais se côtoient dans les
panonceaux. Quelques mots griffonnés sur des cartes postales pour
les expédier d'une zone extraterritoriale, souhaitant que leurs
destinataires en apprécient l'exclusivité.
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| Bâtiment de l'ONU |
Nous
voilà dans le Walhalla des puissants, l'Olympe de nos présidents,
les Champs Élysées, version grecque, des décideurs élus ou
autocrates (voire un peu des deux). Salle immense, feutrée,
organisée, sobrement décorée, tout ce qu'exige la diplomatie de
haut vol. Nous resterons confinés dans la partie haute de cette
Assemblée Générale, il ne faut sans doute pas troubler l'espace
praticien. Mais qu'importe le flacon du moment qu'on ait l'ivresse, à
moins que ce soit précisément le contraire, l'ivresse du pouvoir se
diluera dans la vastitude des abords du contenant. La suite est une
fastidieuse visite de coursives, d'une présentation des différentes
missions des Nations Unies, des moments d'attente dans la salle du
Conseil économique et social (un peu plus petite et toujours en
périphérie) et mon anglais scolaire et la lassitude ne me
permettent pas de suivre les explications gentiment données par
notre guide enthousiaste et empressé. La plupart des autres
visiteurs, véritable aréopage de nationalités (Venezuela, Brésil,
Allemagne, Israël, Nouvelle Zélande, France …) dissimule plus ou
moins diplomatiquement un ennui certain. Est-ce même sentiment qui
pousse un diplomate hispanisant à enfreindre un règlement ?
Certes la faute est bénigne (assis sur une rambarde juste à côté
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| diplomate indélicat ? |
d'une interdiction de s'asseoir), mais toutefois, devant ce globe
éclaté et sous les193 drapeaux des états représentés à l'ONU
qui claquent dans un petit vent frais, cette entorse a un petit
quelque chose de rebelle et de choquant.
Si
l'ONU se devait de rester sobre, tant à l'intérieur qu'à
l'extérieur, comme l'ont voulu ses concepteurs, qu'ils soient
politiques ou architectes (Niemeyer, Le Corbusier entre autres), il
n'en est pas de même pour les financiers qui entreprenaient la
construction de leur gratte-ciel. Le Chrysler Building, qui par la
magie de ses antennes, fut provisoirement le plus haut, n'hésite pas
dans le luxe de sa déco art nouveau, dans l'opulence des matériaux
de son hall d'entrée, le lobby, dans l’exubérance de ses plafonds
et de ses fresques. Le Flatiron (littéralement le fer à repasser)
lui aussi a momentanément le plus haut malgré sa hauteur
« nabotesque » fend de sa poupe la place éponyme et
laisse dans son étrave Broadway Avenue et la 5ème. C'est
dans le square qu'il domine, Madison Square Park, que j'avalerai
bagel sur-garni de viande et de sauce, et honte à manger si
salement, et seuls les écureuils semblent indifférents à mon
triste spectacle, plus soucieux des éventuels restes qu'ils doivent
partager avec les pigeons.
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| "Flatiron" |
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