mercredi 17 octobre 2018

jeudi 20 septembre : Nations Unies et Flatiron

6ème jour : Mus par une volonté farouche de sauver le monde (est-ce que l'ombre tutélaire de Prométhée qui orne la façade du Rockfeller Center nous porte?), nous nous dirigeons vers ce haut parallélépipède et cette demi-sphère qui abritent l'ONU. Nos ambitions salvatrices, pour le peu qu'elles aient pu exister, se fracassent au premier contrôle de police où devra pénétrer Sylvie et où l'on scannera tous ses documents pour la badger, et pour moi par une attente sur le trottoir sous la harangue d'un homme établi à un carrefour attestant de la grandeur de Jésus. La police, le NYPD, est fort occupée à poser barrières de sécurité et blocs anti-intrusion : la session plénière de l'ONU commence lundi prochain, et ses participants, qui ont vocation à sauver le monde, ne seront pas troublés dans leur travail messianique par un contrôle de police tatillon et un prêche improvisé.
Assemblée Générale des Nations unies
Après le contrôle des sacs, poches (depuis quelques jours, on a abandonné la ceinture pour éviter des manœuvres), nous pénétrons dans ce lieu international où toutes les langues s'entendent et où le français, langue diplomatique, et l'anglais se côtoient dans les panonceaux. Quelques mots griffonnés sur des cartes postales pour les expédier d'une zone extraterritoriale, souhaitant que leurs destinataires en apprécient l'exclusivité.
Bâtiment de l'ONU
Nous voilà dans le Walhalla des puissants, l'Olympe de nos présidents, les Champs Élysées, version grecque, des décideurs élus ou autocrates (voire un peu des deux). Salle immense, feutrée, organisée, sobrement décorée, tout ce qu'exige la diplomatie de haut vol. Nous resterons confinés dans la partie haute de cette Assemblée Générale, il ne faut sans doute pas troubler l'espace praticien. Mais qu'importe le flacon du moment qu'on ait l'ivresse, à moins que ce soit précisément le contraire, l'ivresse du pouvoir se diluera dans la vastitude des abords du contenant. La suite est une fastidieuse visite de coursives, d'une présentation des différentes missions des Nations Unies, des moments d'attente dans la salle du Conseil économique et social (un peu plus petite et toujours en périphérie) et mon anglais scolaire et la lassitude ne me permettent pas de suivre les explications gentiment données par notre guide enthousiaste et empressé. La plupart des autres visiteurs, véritable aréopage de nationalités (Venezuela, Brésil, Allemagne, Israël, Nouvelle Zélande, France …) dissimule plus ou moins diplomatiquement un ennui certain. Est-ce même sentiment qui pousse un diplomate hispanisant à enfreindre un règlement ? Certes la faute est bénigne (assis sur une rambarde juste à côté
diplomate indélicat ?
d'une interdiction de s'asseoir), mais toutefois, devant ce globe éclaté et sous les193 drapeaux des états représentés à l'ONU qui claquent dans un petit vent frais, cette entorse a un petit quelque chose de rebelle et de choquant.
Si l'ONU se devait de rester sobre, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, comme l'ont voulu ses concepteurs, qu'ils soient politiques ou architectes (Niemeyer, Le Corbusier entre autres), il n'en est pas de même pour les financiers qui entreprenaient la construction de leur gratte-ciel. Le Chrysler Building, qui par la magie de ses antennes, fut provisoirement le plus haut, n'hésite pas dans le luxe de sa déco art nouveau, dans l'opulence des matériaux de son hall d'entrée, le lobby, dans l’exubérance de ses plafonds et de ses fresques. Le Flatiron (littéralement le fer à repasser) lui aussi a momentanément le plus haut malgré sa hauteur « nabotesque » fend de sa poupe la place éponyme et laisse dans son étrave Broadway Avenue et la 5ème. C'est dans le square qu'il domine, Madison Square Park, que j'avalerai bagel sur-garni de viande et de sauce, et honte à manger si salement, et seuls les écureuils semblent indifférents à mon triste spectacle, plus soucieux des éventuels restes qu'ils doivent partager avec les pigeons.
"Flatiron"

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