Juste
de l'autre côté de la rue, Mulberry Street, les fêtes de Sant
Gennaro dans Little Italy battent leur plein et redonnent
provisoirement un peu d'animation et de cœur italien à ce quartier
maintenant touristique. Il a été rebaptise Nolita (NOrth of Little
Italy, toujours ce goût sûr pour les acronymes) et les vieux
mafiosi ne s'y retrouveraient guère.
| Little Italy |
C'est
d'une main de maître et d'un coup de pédale régulier que nous
traversons Chelsea et East Village pour atteindre Greenwich Village :
même pas peur de la circulation, des sens uniques, des patinettes
électriques, des cyclistes qui savent eux où ils vont, des piétons
qui débordent, des traversées des 3ème, 4ème,
5ème et 6ème avenues !
| Washington Park Square |
À
Washington Park Square, les enfants s'égayent sur des jeux
dissimulés par des montagnes de poussettes les attendant et leurs
nounous, souvent noires ou latinos, des chiens courent et sautent
dans leur espace réservé, des joueurs d'échecs attendent un
éventuel adversaire, un quartet nous offre un langoureux morceau de
jazz, des peintres reprennent inlassablement leurs motifs, des
étudiants tentent de travailler dans cette atmosphère qui porte
encore un peu l'héritage des années 1960 et 1970. Un peu plus bas
sur McDonald Street, Bob Dylan, Jimmy Hendrix, Bruce Springsteen
faisaient leurs débuts ; juste en face et bien avant, Henry
Miller y venait écluser quelques boissons. Encore un peu plus loin,
à Gore Street, au-dessus des maisons en briques, un gros immeuble où
l'on passerait facilement d'appartement en appartement pour raconter
ses journées (n'est-ce pas Chandler, Ross, Joey, Rachel, Phoebe,
Monica, sacrés friends!). Il ne faut pas succomber aux charmes de
Greenwich Village et sa nostalgie, nos montures doivent être remises
au relais prochain. Toujours vers l'est vers l'Hudson River,
traversée de l'Highway West Side (par des feux ! tu parles
d'une autoroute!), remontée vers le nord par une belle piste
cyclable où nous avons l'impression de nous traîner au milieu de
tous ces citadins sur deux roues si pressés, arrivée au Pier 78 où
nous reposons nos fidèles bicyclettes et détendons nos muscles.
Métro,
heure de pointe, Grant General Station, encombrements sur la 5ème
Avenue, embrasement dans le soleil couchant des façades, toujours
autant de bruits, queue, attente autour de Rockfeller Center, queue,
(mais que toutes ces files sont bien organisées, et régulièrement
un employé distille un grand sourire plein de dents américaines!)
et la deuxième ascension du jour, au Top of the Rocks, dans la nuit
maintenant déjà bien installée. Petite percée entre tous ces
auto-adorateurs aux bras tendus prolongés par leur smartphone les
immortalisant pour leurs amis, et nous nous installons pour voir, et
photographier, les couleurs artificielles de la nuit sur la ville. Et
le paysage du matin sans son soleil éclatant brille maintenant de
tous ces feux électriques. Les antennes jouent des effets de
couleur, l'Empire State Building clignote ostensiblement, le Chrysler
Building illumine ses extrémités comme pour en souligner sa fausse
fragilité, Central Park fait une tache sombre, Times Square tout en
bas projette ses lumières agressives.
| Vue nocturne depuis Top of the Rocks |
Corps
moulu, yeux remplis de lumière, oreilles devenant sélectives, pas
assuré pour trouver son chemin et éviter les pièges des trottoirs,
esprit bouillonnant de souvenirs. Levi-Strauss explique le trouble de
la perception opéré par « le rapport entre la taille de
l'homme et celle des choses distendu au point que la commune mesure
est exclue. » (dans « Le Regard éloigné »).
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