| Apollo Theatre à Harlem |
Le soleil luit déjà fort à 7h00 ce matin ; ce dimanche promet lumière et chaleur. Chemise et pantalon blancs, robe corail et gilet bleu, il s'agit d'être déférents. La ligne H nous emmène à Harlem, au croisement de la 125ème Rue et de la 8ème Avenue, près du Apollo Théâtre, le temple du jazz. Des kilomètres de barrières le long de Martin Luther King Avenue, de Malcom X Avenue, de la police (du NYPD bien évidemment) en force, Harlem se prépare pour la parade afro-américaine. Mais à cette heure, de petits pas pressés poussent des gens sur leur trente et un dans les rues parallèles d'où parfois s'échappent quelques airs entraînants, légèrement racoleurs. D'ailleurs, certains (visiteurs ? touristes?) entrent, esquissent quelques pas de danse inopportuns, sortent et tentent une autre porte.
Nos
pieds et nos oreilles nous ont poussés à l'Atlah World Missionary Church
où nous sommes respectueusement accueillis, invités à prendre
place un peu à l'écart des fidèles liés ensemble par une ferveur
non feinte, une piété évidente, une fraternité qui va de soi :
personne ne joue, chacun est. Les louanges sont chantés en anglais,
mais aussi en français et en créole. Nous avons échoué sans le
savoir dans une église haïtienne.
Les
gens sont beaux, endimanchés, rayonnants. Le prédicateur ponctue
ses prêches et ses louanges par de multiples Alléluia. Église
petite à moitié remplie, simple, autel dépouillé, dont les murs
auraient besoin d'être rafraîchis, mais quantité d'instruments de
musique, de sono, de matériel vidéo, d'écrans pour suivre chants
et psaumes. Les petits et les petites, qui rivalisent de joliesse
dans les jeux de leurs boucles de cheveux, ne semblent pas effrayés
par le niveau sonore et l'agitation des adultes.
Le
pasteur est francophone et est doublé en simultané en anglais. Il
délivre un message un peu insistant sur la nécessité et
l'obligation de prier. On s'éloigne un peu de l’allégresse du
début et on glisse peu à peu dans l'injonctif. L'assemblée semble
s'ennuyer. Quand il invite ses ouailles à lire un verset, les
fidèles n'utilisent pas une bible imprimée, mais leur smartphone.
Une petite ritournelle commence à prendre place dans un coin de mon
cerveau, comme une conclusion à ce sermon (et nous rendons grâce à
Eddy Mitchell) : Faites vos prières du soir avant le
boogie-woogie. Le pasteur lui aussi va conclure ; il est de
plus en plus exalté ; son interprète, comme par contraste, lui
reste toujours cool. Les musiciens s'impatientent, ils ont des
fourmis dans les doigts qui grattent les manches des guitares,
pianotent les claviers et les gorges des choristes s'emplissent de
chants, recouvrant progressivement la parole pastorale. Cérémonie
des offrandes, présentation des visiteurs, remerciements en leur
honneur, annonces et nouvelles de la communauté, bouquet final avec
des au revoir sincères, des « God bless you » nombreux
et des Alléluia retentissants.
| Atlah World Missionary Church |
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