1er
jour : samedi 15 septembre.
Toujours
de la circulation, même en pleine nuit : sirènes des
ambulances, ronronnement des diesels des bus, stridences des motos
qui repartent d'un feu rouge, martèlement des camions poubelles,
hurlement des moteurs des voitures plus ou moins sportives,
tressautement des remorques d'énormes camions, puissance à peine
retenue des gros SUV. Il sera paradoxal de trouver dans la journée
une circulation semblant sereine, où la conduite électrique
prendrait le dessus laissant l'antique moteur à explosion à la
noirceur de la nuit, hormis les coups intempestifs de klaxon que l'on
croyait réservés à des villes plus orientales. Cette impression
sera vite démentie pendant la semaine où la circulation prendra son
intensité fébrile.
Quoiqu'il
en soit, la nuit fut réparatrice, la douche revigorante, la
viennoiserie achetée dans la rue consistante, et le pas se fait plus
alerte pour gagner Central Park.
Des
affleurements schisteux qui dominent une zone pour enfants, l’œil
s'égare sur une verdure moitié sauvage, moitié domestiquée,
herbes folles et haies taillées, troncs vigoureux et alignés et
arbres malingres et tordus,et pour peu que notre œil continue son
ascension, et bien il n'en a pas fini, car juste derrière Central
Park, c'est haut, très haut, très fin, mais très haut.
| Joggeuse et bébé |
| "Strawberry Fields" |
| Manifestation et Dance Floor |
Quel
spectacle dans ce parc ! D'abord, il y a bien sûr les
cyclistes, occasionnels ou sportifs, et les joggers, seuls, en
palanquées, poussettes à bébé en avant, tous sur leurs pistes
vouées que des feux tricolores régulent. Puis ces touristes
agglutinés à « Strawberry Fields » où l'on oublierait
que Lennon n'était pas New-yorkais mais Anglais, à peine sensibles
à la nostalgie égrenée par ce chanteur guitariste du moment que le
selfie soit bon.
| Tournoi d'échecs |
| Rasta prenant le temps, la pose ou la lumière ? |
Et
il y a tout le reste : des joueurs de base-ball qui répètent
inlassablement des phases de jeux, une manifestation de parents pour
la scolarisation d'enfants handicapés touchant particulièrement la
communauté noire devenant un vaste dance-floor où chacun rivalise
de virtuosité et d'entrain, des centaines de jeux d'échecs qui
attendent leurs joueurs de tournoi, des conteuses qui se succèdent
devant la statue d'Andersen, des aquarellistes qui mouillent leurs
pinceaux avec leur langue, des frisbees que les chiens attrapent au
vol plutôt que de courir après les écureuils qui batifolent, des
rastas qui prennent la lumière parce que de toute façon ils ont le
temps de la prendre, un Congolais élastique qui dirige son groupe de
percussionnistes dans sa danse souple, des familles, des amis qui
pique-niquent, des marié(es) et leurs cortèges de demoiselles et de
garçons d'honneur, la police montée et les calèches désuètes
d'où émanent odeurs de crottins et d'urine, et tout autour ces
gratte-ciels, non qui ne vous écrasent, mais semblent souligner l'harmonie
de ce parc un peu chaotique en vous suggérant de voir le ciel.
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