7ème jour :
 |
| Scène de rue |
Les
New-yorkais seraient-ils un peu chauvins pour proclamer le MET (Metropolitan Museum of Art) comme
le plus grand musée du monde alors qu'il est largement dépassé par
le Louvre (et après vérification, ne serait que quatrième,
distancé par Londres et Madrid) ? Quoiqu'il en soit, ses
collections sont superbes et nous nous attarderons longuement dans
les salles consacrées à l’Égypte ancienne, s'ébaubissant
toujours de la minutie, de la précision et de l'esthétisme du
travail des scribes, illustrateurs et artistes divers. Et que dire de
ces 24 maquettes intactes évoquant des scènes de la vie quotidienne
que l'on croirait sorties d'un atelier de jouets de Nürenberg ?
Les salles réservées à la peinture contemporaine (comprendre à
partir de 1850) foisonnent de tous ces peintres espagnols,
américains, italiens, anglais, belges mais surtout français. La
salle dédiée à Pissaro nous
 |
| Port de Rouen - Pissaro |
ramènera à Pontoise et à Rouen, celle à Monet
aussi vers les bords de Seine et la Normandie, Cézanne nous montrera
bien sûr sa Provence, comme Gaugin qui, peu avare, nous emmènera à
Tahiti, ou comme Van Gogh qui nous ramènera de la Provence vers
Pontoise. Alors que je m'interroge silencieusement sur l'idée que
peut se faire un visiteur n'étant jamais venu en France sur la force
du paysage peint et l'image mentale provoquée, en admirant « Les
Cyprès » de Vincent, un fort aimable Américain nous fait
partager avec chaleur son émotion devant cette toile emplie de
couleurs et de mouvements, que l'on soit nez collé dessus ou
éloigné, à droite, à gauche ou au centre. Et il sera confus,
voire penaud de ne pouvoir prolonger la conversation faute de temps,
avec deux visiteurs français dont il ignorait la nationalité, qui
lui racontaient les couleurs de l'automne et la douceur du printemps
dans ces paysages magnifiés. Coïncidence heureuse, télépathie
artistique, communion d'esprit ? Un moment heureux certainement.
 |
| Scène au MET |
Au
croisement de la 34ème rue et de la 9ème
Avenue, de jeunes hommes coiffés d'un large chapeau noir, tout aussi
noir que leur gilet et leur pantalon, recouvrant de longs cheveux et
une longue barbe, quittent pressamment le magasin de ce block. L'un
d'eux me demandera même « Are you a Jew ? » et me
laissera coi. Shabbat se prépare et ce magasin spécialisé en
photos, vidéo, informatique ne rouvrira que dimanche. J'aurais dû
me douter de ce contretemps, à mes yeux, lorsque nous déjeunions
devant une école juive d'où nous avons vu sortir les élèves bien
plus tôt que les autres jours.
C'est
aussi de la 34ème rue que démarre la High Line, ce
jardin suspendu qui serpente entre immeubles et anciens entrepôts et
qui nous conduira à Chelsea. C'est une ancienne voie ferrée
surélevée dans les années 1930 pour éviter les encombrements de
la rue, désaffectée dans les années 1980, et sauvée de la
destruction promise en 2000 par deux énergiques résistants ;
elle est devenue un haut lieu de promenade offrant des points de vue
sur l'Hudson ou sur Midtown au milieu d'herbes et de fleurs sur cette
passerelle où
parfois subsistent encore quelques rails. L'occasion
aussi de surplomber ces trous de chantier continu que semble être
New York. « Rien ne
parle d'éternité dans cette ville. Rien n'a de racine dans le
passé. Rien ne semble devoir défier le temps. Tout périt, tout
renaît, tout vit dans le temps, ce temps. Et là est la beauté de
New York, la beauté mortelle. »
(Edgar Morin, dans New York, la ville des villes).
 |
| la High Line |
Quelque
pas dans les rues, des immeubles en briques et en fonte, des terrains
de basket où s'affrontent d'adresse et de vitesse de jeunes gens, la
bouche du métro nous avale dans sa chaleur d'étuve et son boucan
d'enfer.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire