| "Miss Liberty" |
Dans
les rues qui nous mènent à Colombus Circle, les New-yorkais partant
au travail ont succédé aux touristes et promeneurs du week-end :
le pas est enlevé, le café bu en marchant, les conversations
téléphoniques nombreuses. Les voitures, camions, bus, ambulances se
sont aussi donné rendez-vous, accroissant le monde sonore. Même les
rames du métro semblent encore plus bruyantes lorsqu'elles
s’engouffrent dans la station et le portefaix qui tire son
chargement fait claquer les roues sur le pavement inégal. Même
l'idée d'une conversation suivie devient impossible. Comment tous
ces usagers de la ligne 1, direction South Ferry, peuvent entendre ce
qui sort de leur casque relié à leur smartphone sur lequel ils
usent leurs pouces ?
Embarquement,
ce qui veut dire au préalable, queue, contrôle des billets, queue,
contrôle de sécurité, queue, contrôle des billets, embarquement,
débarquement, contrôle de sécurité, queue, consigne obligatoire
et le Graal !
Celui-ci
mesure 47 mètres de haut juché sur un piédestal de 46 mètres, et
est censé illuminer le monde, a été érigé pour le centenaire de
l'indépendance en 1876 et l'amitié franco-américaine (n'est-ce pas
Bartholdi – ne pas oublier de visiter son musée dans sa ville
natale de Colmar). La statue, à l'image du pays, est immense mais
d'une facture simple, au message évident mais quel symbole !
| Skyline |
Depuis
le ferry qui s'éloigne un peu de la côte, depuis l'île, Liberty
Island, depuis le socle, depuis le piédestal, la vue sur le Sud de
Manhattan offre des perspectives incroyables sur la skyline. Nous
guettons fiévreusement les rares trouées dans le gris du ciel (le
ciel s'est méchamment ennuagé ce matin) qui font des jeux de
lumière sur les façades vitrées des gratte-ciels. Le Corbusier a
écrit en 1937 : « Les gratte-ciels n'ont pas été
construits sur une intention sérieuse et sage. Ils ont été les
applaudissements à l’œuvre acrobatique. Le gratte-ciel n'est pas
un élément urbanistique, mais une bannière dans l'azur, une fusée
de feu d'artifice, une aigrette sur la coiffure d'un nom désormais
classé dans le gotha de l'argent » (dans Quand les
cathédrales étaient blanches). Ces propos semblent toujours
actuels.
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| statue d'une émigrante |
Ellis
Island est à une poignée de mètres et le ferry nous emmène
remonter le temps des immigrants dans un musée immense intégré
dans les anciens bâtiments où le tri et l'enregistrement de ces
immigrants étaient effectués. C'est riche d'informations, trop
riche même pour notre anglais qui s’épuise à tout comprendre.
Curieux miroir de l'actualité regardant l'histoire et des
commentaires de visiteurs francophones sur le refus de certains
migrants vous renvoie dans ces questions qui secouent l'Europe et
l'Amérique.
Grâce
à l'aimable complicité des employées du musée, Sylvie trouvera
trace de sa lointaine cousine Clothilde, venant de la Suisse voisine,
Valais, s'embarquant sur l'Homeric de la White Star Line à
Cherbourg et débarquant en 1922 à New York, Ellis Island, attendue
par son beau-frère, rêvant d'un monde meilleur comme celui évoqué
par la Statue de la Liberté que le bateau a contournée.

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